Dans la lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes, plusieurs voix s’élèvent et proposent aux victimes de partir, de dénoncer que de subir.

Partir et dénoncer.

Mais à quel moment ?

Je voudrais vous raconter une histoire.

C’est la voix de cette femme qui parle.

Ce soir, il a encore pris son pied. Il m’a violemment tiré les cheveux, brisé ma tablette, profané des menaces.

(soupir…)

Je n’ai pas connu cet homme. Le gentleman que j’ai connu est quelque part enfoui en lui. Cette noirceur qui fait surface, tous les humains l’ont en eux. Il va changer. Mon homme n’est pas un être violent.

Une voix au fond de moi qui me criait  : ce monsieur va encore recommencer, t’agresser, te tabasser sans ressasser, t’humilier, te traîner du balcon au salon, du parasol au sol, sans jamais s’agacer, s’en lasser .

C’est juste une intuition. Moi je gardais espoir.

Un soir il est rentré avec un air fâché, un visage serré, les poings fermés. La clé, il m’a jeté en pleine figure. J’ai eu envie de lui demander : pourquoi tu me fais ça ? Ma langue n’a pu se tourner.

On s’est dit Oui, pour le meilleur et pour le pire. Mon homme traverse une mauvaise période au travail. Je dois le soutenir et prier pour lui. Sans lui je suis ne suis pas une femme comblée. Je l’aime et j’aime notre fille de 13ans. J’adore cette famille.

La voix dans ma tête cria de nouveau : la porte est ouverte…pas de valises, pas de meubles…juste une fuite loin de lui.

Je ne peux pas tout reprendre à zéro.

Un matin, comme d’habitude, j’ai pris une douche, je me suis habillée, j’ai maquillé mes démons. La frime, le paraître, les apparences, le masque, la comédie, le voile…personne ne se doute de rien, de mes diaboliques amonts. J’ai salué la voisine…elle m’a répondu avec enthousiasme.

Il paraît qu’elle me jalouse. Moi qui donnerais tout pour essayer sa vie. Tout pour faire croire le contraire, tout pour prouver que je vais bien. Mais je vais bien…bien mal, bien mal…bien sans envies. Au boulot ça tourne mal, plus de performances, plus de résultats.

Ça ira par la Grâce de Dieu.

Un vendredi soir de Juillet, il était de bonne humeur. On a préparé, mangé, fait le ménage, puis on a regardé une émission de télé-réalité. J’étais contente. Les choses iront peut-être encore mieux le lendemain. Sauf que je me suis réveillée avec des bleus (larmes…).

Un jour, j’ai décidé de mettre fin à cette souffrance.

J’ai décidé de partir vers des horizons inconnus. Il n’a pas supporté. La dispute a dégénéré. J’ai pris des coups sur mon visage. Il a verrouillé la porte, confisqué mon passeport et ma carte d’identité. Ma fille en larmes observait la scène. Le salon est devenu une scène crime. Avec un ciseau, il m’a blessé à plusieurs endroits.

Pourquoi vous ne voyez rien ? Vous restez sans dire mots. Quelqu’un peut enfin parler en mon nom ? Trop supporté, sifflez la fin, coupez les ponts. Quai départ, ligne retour, expulsez-moi de ce gouffre, lisez entre mes paupières, regardez dans mon âme. Réagissez. Méchant loup.  Fatiguée. Épuisée. Dégoutée. Écartelée. Hachée. Déchirée. Consumée. Dévorée. Solitude, angoisse, peur, pleures, troubles, dépressions.

Toc…toc…toc…La Police.

Ils sont venus avant le dernier coup qui allait peut-être m’achever. Je perdais déjà connaissance. Si ma fille n’avait pas appelé la police, je ne serais plus sur ce lit d’hôpital en train de vous parler.

Ils l’ont emmené. Sera-t-il jugé ? Je ne pense vraiment pas. Sauf si la justice de notre pays reste encore une justice. En général on choisit de croire l’homme.

Sur ce lit, je me suis demandée : comment j’ai pu accepter de telles insanités ? De telles animosités ? Comment j’ai pu laisser mes convictions pour si tant d’inhumanités. Je ne méritais pas cette méchanceté et cette cruauté.

Je n’ai pas trouvé la force de partir parce que je m’accrochais à une illusion. J’ai failli payer au prix de ma vie. Ne faites pas comme moi. PARTEZ DÈS LA PREMIERE INSULTE.

Fin de l’histoire.

Le Silence_ est l’Essence_ de la Violence. Partez et dénoncez dès la première insulte.

Une fois embarqué dans le cycle vicieux et infernal de la violence, on ne sait plus ou ne réalise plus quel est le moment idéal pour partir et dénoncer. Il faut partir avant de s’enrouler dans ce cercle de la violence.

16 jours d’activisme pour agir contre les violences faites aux filles et aux femmes.

#Orangezlemonde #GénerationÉgalité #StopViolence #j’aidécidédevivre #EndViolence #GirlsGetEqual #StopStreetHarrassment #EndGBV #16JoursdActivisme #YouthPower

Chanceline MEVOWANOU