(Ce billet est colonisé par deux mots : Détermination et Travail. Ces mots ont occupé un grand espace dans ce que vous allez lire.)

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’une aventure moins ordinaire. Cette fois il ne s’agit pas d’une rencontre avec des filles dans une localité rurale du Bénin. Mais il est quand même question de rencontre, de relations humaines, de talents, de rêves, de détermination. J’ai connu une personne, une jeune femme qui symbolise et qui va continuer par symboliser pour moi la phrase : derrière chaque réussite, en plus du talent, il y une montagne de détermination et de travail sans abnégation.

Nos présentations n’ont pas été faites dans la vie réelle. Cependant, on s’est connu dans un autre monde non moins réel.

J’avais il y a quelques mois en arrière, donc en 2019 demandé à des ami.e.s des contacts de footballeuses pour discuter avec ces dernières et m’enquérir de leurs réalités ici en Afrique. Un jour, une amie, elle aussi footballeuse m’a envoyé le lien vers un reportage de BBC AFRIQUE. C’était une interview-portrait d’une footballeuse togolaise. Il s’agissait de la joueuse de football WOEDIKOU AFI APEAFA connu sous son pseudo MAFILLE. Les réalités qu’elle retraçais dans l’interview m’ont tout de suite interpellé.

J’ai suivi à plusieurs reprises cette interview puis je me suis décidée à entrer en contact avec la joueuse. Les réseaux sociaux ayant transformé le monde en un village planétaire, le voyage vers sa porte n’a pas été long. J’ai déposé un message le 16 Septembre 2019 à 14h 28 minutes et je me disais qu’avec un peu de chance, j’aurai un retour. Et puisque je suis CHANCELINE, la chance m’a souri et elle a répondu automatiquement. On a échangé. Je lui ai proposé de l’interviewer pour mon blog. Une interview totalement informelle. Sans façon, elle a tout de suite accepté. On a échangé les coordonnées et programmé la date et l’heure de notre discussion en ligne. C’était calé et confirmé pour cette même semaine du 16 septembre 2019.

Quand on a commencé, ma première question pour elle a été : MAFILLE, un prénom ?

WOEDIKOU MAFILLE :  À l’État civil, je suis WOEDIKOU AFI APEAFA. MAFILLE, c’est le petit prénom que mes parents m’ont donné. Je suis leur fille unique et ils m’ont surnommé ainsi.

Moi : Alors MAFILLE, (😉😉😉) pourquoi le football ?

WOEDIKOU MAFILLE : Toute petite, je regardais les matchs de foot à la télé et je voyais les garçons joués. Moi aussi je voulais jouer car le football me passionnait. Surtout quand je vois le joueur Emmanuel ADEBAYOU joué. Il m’inspirait beaucoup. Et puisque je me suis vue avec une tête, deux pieds et deux bras, j’ai compris que j’avais tout ce qu’il me fallait pour jouer. Et je ne voulais pas tout simplement jouer. Je voulais construire une carrière professionnelle.

La discussion était très passionnante. Tout ce que j’aime en effet. Alors j’ai enchaîné. Tu voulais être joueuse professionnelle de foot. Et les études alors ? Tu ne voulais pas étudier ?

WOEDIKOU MAFILLE : Si, si. Je voulais évoluer dans mes études aussi et je l’ai fait. Je bossais à l’école pour ne rater aucune année.  J’ai eu le Bac et j’ai commencé l’Université dans une filière de Marketing. C’est en deuxième année d’Université que j’ai laissé tomber puisque ma passion pour le foot a grandi et n’a cessé de prendre de l’envergure. J’étais sûre que c’est ce que je voulais faire.

Moi (intriguée et accrochée) : Et comment tu t’y es pris après avoir laissé les études pour te tourner vers ta passion qu’est le foot ?

WOEDIKOU MAFILLE : Je savais que cela ne serait pas facile vu le contexte et le fait que très peu de filles chez nous s’intéressent au foot.  J’ai commencé par m’entraîner avec les garçons au quartier, à la plage. Je savais que le travail combiné à la détermination pouvait m’aider à tracer le chemin que je voudrais pour moi-même. Je travaillais donc encore et encore. Plus je travaillais, plus la certitude que c’est possible me venait et je continuais. Au début mes parents n’ont pas compris ma vision de faire une carrière professionnelle dans le football. Surtout ma mère puisque j’étais sa seule fille. Elle était farouchement contre. Elle me frappait au retour quand elle apprend que je suis partie pour jouer. Des fois, il fallait jouer, se laver les pieds avant de rentrer. Je comprenais aussi sa logique. Mais je voulais jouer. Au fil du temps, elle s’est rendue à cette évidence et m’a accordé tout son soutien.

Tout de suite, j’étais éprise de cette jeune dame. Je n’avais pas encore entendu la meilleure partie de l’histoire. Mais son assurance et sa détermination m’ont cloué d’admiration. Elle n’était pas une passionnée ordinaire. Elle savait quoi faire pour arriver à ses fins et sa détermination était sans faille. Vous aurez le temps de constater avec moi. J’ai continué alors avec mes questions. Je lui ai demandé : comment tu t’es donc retrouvée dans l’équipe féminine ATHLÉTA FC de Lomé ?

WOEDIKOU MAFILLE : J’ai beaucoup joué avec les garçons de mon âge au quartier. Ensuite, j’ai intégré une équipe de garçons, puis une féminine intitulée ESPERANZA FC. J’ai joué avec cette équipe féminine des matchs, participé à des compétitions. C’est dans cette équipe que les dirigeants de ATHLÉTA FC m’ont repéré et j’ai intégré. De travail en travail, l’opportunité m’a été donnée de jouer dans l’équipe nationale féminine de foot du Togo EPERVIERS DAMES. Dans le championnat national de la saison 2017-2018, j’ai été sacrée meilleure joueuse, meilleure buteuse du TOGO. J’ai participé en 2019 au Tournoi UFOA B Dames. Pour le match contre Les Lionnes de la Téranga du Sénégal, j’ai été désignée meilleure joueuse du match et j’ai eu le trophée WOMAN OF MATCH.

Moi (déterminée à comprendre) : Est-tu épanouie dans le foot comme tu l’aurais voulu ?

WOEDIKOU MAFILLE : Le football c’est ma passion. C’est tout ce que je veux faire. Et comme je le faisais, j’étais très épanouies. Seulement qu’il y a des défis de taille qui s’affichent. Le football féminin chez nous n’est pas développé. Il y a certaines conditions propices qui ne sont pas en place.

Moi (toujours déterminée à comprendre) : Quels sont ces défis ?

WOEDIKOU MAFILLE : Je voulais faire une carrière à l’international dans le football. Et pour y arriver, j’ai besoin de m’exprimer sur le terrain et montrer ce que je vaux. Le paradoxe est que nous n’avons pas beaucoup de championnats et de compétitions de football féminin. Les talents existent. Par contre les opportunités pour jouer et se faire valoir manquaient. Pire, j’ai reçu plusieurs fois des invitations pour faire des tests médicaux à l’étranger. Mais ma demande de visa n’était pas concluante.

Moi : Et comment tu fais au milieu de toutes ces difficultés qui ne te facilitent pas le travail ?

WOEDIKOU MAFILLE : Je ne sais pas ce qui adviendrait. Mais je sais que je vais faire ma carrière professionnelle comme je l’estime. C’est une intime conviction. Je vais continuer à travailler encore et encore. A chaque étape, mon enthousiasme et ma détermination grandissent. Je vais un jour réaliser mes rêves.

Il y avait une telle assurance qui se dégageait de ses réponses. Dans mon esprit, je me suis dit : Mais réalise-t-elle qu’elle se retrouve dans un « putain » de labyrinthe ? Aucune issue ne semble se pointer devant elle. A quoi s’accroche-t-elle ? D’où puise-t-elle cette abnégation ? J’avoue que j’étais choquée. Dans un sens très positif du terme.

J’ai eu envie de créer avec des ami.e.s une campagne du genre « Des opportunités pour nos Footballeuses ». Puis je me suis laissée emportée dans un flot de questionnements sans réponses. J’ai même fait quelques tweets le 18 septembre 2019 à son sujet pour dire toute mon admiration et souligner aussi mes peines.

Je lui ai dit : MAFILLE, je crois en toi. Profondément en toi. Les opportunités ne viennent pas comme tu l’aurais souhaité pour t’exprimer. Saches que ton courage, ton travail et ta résolution de ne jamais laisser tomber sont les clés. Je suis éprise de ta détermination. Et tu vas y arriver.

Elle et moi, nous avons gardé contact. Humble et très positive. Certains matins, je lui envoie des messages de type :

  • Ça va ? Pas découragée ?
  • Elle me répond : Ce mot n’existe pas dans mon langage.
  • Moi (dans ma tête) : Wow ! How does she do it?

Des fois, elle m’envoie des photos, des vidéos avec la mention : Je m’entraîne tous les jours. A la plage, au quartier. Cette jeune femme m’a marquée en 2019. Et deveniez quoi ?

Je me connecte sur Facebook le 02 Janvier et je lis : Mafille Woedikou Apeafa débarque à l’Entente Sportive des Trois Cités Football en France. L’Internationale Togolaise…OMG ! J’ai essuyé mes yeux, relu et revu la publication avant de m’enflammer de joie💃💃💃💃💃💃💃💃💃💃💃💃…

Elle l’a fait. Et ce n’est qu’un début. J’ai filé dans son DM. J’ai mis plein d’EMOJIS de joie. Chanceline, c’est une grande joie pour moi d’avoir enfin une chance de mieux vivre ma passion qu’est le football m’a-t-elle confié. Je lui ai juste dit que ce sont ses efforts, son travail et sa détermination. Elle devient ainsi l’une des premières footballeuses Togolaises avec une carrière professionnelle à l’international. Son aventure est leçon.

C’est la leçon que je garde. J’ai vu tellement de filles remplies de rêves mais avec un peu de confiance. L’histoire de Mafille démontre une fois de plus que le paradigme a changé.

Dites aux filles dans les communautés : qu’elles peuvent si elles veulent. Qu’elles ont tant de possibilités, tant d’opportunités aujourd’hui, qu’elles peuvent décrocher les étoiles, qu’elles peuvent être des championnes d’un domaine, qu’elles ne laissent personne rétrécir leurs rêves, qu’elles travaillent, qu’elles fassent des choix sains et qu’elles avancent têtes hautes, qu’elles respectent et qu’elles aperçoivent l’avenir comme une lumière et plus comme un tableau noir. Qu’elles se définissent des valeurs et qu’elles avancent.

Mafille Woedikou, Internationale Togolaise de football évoluant désormais à l’Entente Sportive des Trois Cités Football en France lors de ses entraînements à la plage au TOGO

Mafille, je te souhaite bonne chance dans ta carrière. Je sais que ton travail, ta détermination et ton humilité débloquerons les opportunités dont tu as besoin.  Continue de briller.