Il faut vivre selon les normes et les règles socio-culturelles. Pour se sentir en harmonie avec un système qui nous a vu naître (😲😲😲) ou pour vivre enfermé.e.s et attaché.e.s dans des gouffres.

Q : Qui a dit ça ? 🤷‍♀️🤷‍♀️🤷‍♀️

R : Un esprit qui vit pour s’épanouir.   😇😇😇

Quelque part, nous sommes des prisonniers. Nonobstant le fait que nous n’ayons pas été condamné.e.s devant une cour d’appel, je pense que nous sommes scrupuleusement enfermé.e.s. C’est en fait un peu plus poussé. J’estime que nous ne nous appartenons pas. Du moment où nous vivons pour plaire à un système et obtenir la validation dans les entrailles de quelque chose qui nous dépasse.

Nous naissons libres. Puis en grandissant, nous marchons inévitablement vers des boîtes pour nous y enfermer. C’est le système qui est comme ça. Notre société est établie selon des normes. Et nous tentons au quotidien de vivre selon ces lignes de vie à nous tracer. Ce n’est pas un crime.

Les femmes et les hommes sont tous des victimes de la société

La société que nous constituons, à une époque donnée, a établi des règles, habitudes, des rôles spécifiquement destinés aux femmes et aux hommes. Ma foi, ces préconçus sont assimilables à des boîtes remplies d’une part de lumière et d’obscurité. Ainsi, il y a une boîte pour les hommes et une aussi pour les femmes. Chacune de ses boîtes que des spécialistes ont appelé des moules de genre contient des prescriptions qu’il faut s’approprier pour bien vivre selon la société :

  • Les femmes restent à la maison pour s’occuper des enfants et les hommes vont travailler
  • Les femmes doivent être soumises et les hommes sont les chefs
  • Une femme doit nouer des pagnes et bien fermer ses cuisses pour s’asseoir
  • Un vrai homme ne pleure pas
  • Une femme doit impérativement savoir faire la cuisine
  • Les grands postes de responsabilités c’est pour les hommes
  • Une vraie femme doit se marier, rester sous le toit d’un homme et faire des enfants
  • Les travaux domestiques sont pour les femmes
  • L’homme c’est le sexe fort et la femme c’est le sexe faible   
  • Une fille qui traine trop avec des garçons est une fille ‘’gâtée’’
  • Un homme trop doux est un homme ‘’envouté’’
  • Une fille qui n’a pas de fesses, qui n’a pas de seins, qui n’a pas une démarche efféminée est un garçon manqué
  • Un garçon efféminé est une abomination

Dans chaque société, on retrouve ces règles, implicites et explicites, qui régissent le statut de chacun de ses membres. Ces règles déterminent ce qui est convenable pour chacun, selon qu’il est de sexe féminin ou masculin. On apprend ainsi donc en communauté à être un garçon/un homme ou une fille/une femme plus tard.

Quand on s’éloigne de ces boîtes, on devient sujet à polémique !

De mon enfance, je n’ai jamais affectionné les travaux domestiques dont la cuisine, la lessive. Ce n’est pas que je vis au milieu des crasses ou que je porte des habits sales, usés et/ou déchirés. NON. Cependant, faire ces travaux n’a jamais été une partie de plaisir pour moi. En grandissant, je me suis heurtée à toutes sortes de critiques :

-Être première de la classe ne te garantira pas le toit d’un homme. Tu dois apprendre à aimer les travaux domestiques.

-Bientôt, on va te renvoyer de chez ton mari et tu reviendras voir ta maman qui n’a pas su t’éduquer.

-Une petite amie qui ne passera pas me faire la lessive et arranger ma chambre, je préfère m’en passer.  

Juste parce que je n’aimais pas ces travaux préétablis pour les femmes. Ce n’est pas que je ne savais pas les faire. Je dis juste que je ne les affectionne pas et dès que je trouve une alternative pour m’en passer, je me barre avec joie et enthousiasme. Mais qui a le temps pour écouter mes raisons ? Il faut juste les aimer. Point. Tiret-.

Une femme, ça porte des perles !

(Âmes conservatrices s’abstenir)

Toute petite, ma maman nous a fait porter des perles à la hanche. C’était jolie. Ma sœur a conservé ses perles et les change à chaque fois. Moi, je ne sais plus où mes perles sont passées. Je ne les porte plus. En vrai, je ne les aime pas. Je n’aime pas les mettre.

  • Les perles sont les fesses
  • Regarde ton corps, tu ne ressembles à rien.
  • Une vraie femme africaine particulièrement béninoise doit porter des perles

Ça noue aussi des pagnes !

Les pantalons, Yeah c’est moi 😇🤩😎👖👖👖. Les pagnes, je ne sais pas les nouer. C’est très difficile pour moi. Je ne me sens pas particulièrement à l’aise quand je noue un pagne pour sortir. Par contre dans un pantalon, je suis dans ma sauce. Mon papa me faisait beaucoup de pantalon et des pagnes avec des cordes pour faciliter le nouage. Mais ce n’est pas ce qui compte :

  • Une vraie femme sait nouer des pagnes.  
  • Tu vas mettre l’enfant au dos avec un pantalon ?
  • Les trois mètres de pagne ne vont pas sous le toit d’un homme

Mademoiselle couche-toi-là !

D’aussi loin que je me rappelle, je ne suis pas une fille qui reste à la maison. Avant mon BAC j’ai vécu sous les règles et dans l’ombre de mon père : emploi du temps collé au salon, sorties futiles interdites, une raison sur chaque pied au dehors, mouvements contrôlés, faits et gestes calculés. Mon père avait instauré ce style de vie pour nous éviter de choper une grossesse précoce et non désirée qui était à la mode dans le quartier.

Ça a marché ? Pffffffff… On est passé au régime discussion avant que les choses ne partent en vrille.

Après mon BAC, je suis partie vers l’Université, loin des parents. Je suis devenue qui j’étais vraiment. Je trouvais toujours une chose à faire au dehors, une activité à laquelle je participe, une formation. Pour ça, je me suis retrouvée à faire face aux critiques régulatrices :

  • La finalité pour toi, c’est de te marier. Quel homme accepterait que tu bouges incessamment ?
  • Une femme doit rester à la maison. Tu exagères.
  • C’est toi qui veux porter le monde ?

Une femme ne doit pas se mettre aux devants des choses. LOL !

Partout, je me bats pour prendre des rôles plus affirmés. Je suis celle qui lève toujours son petit doigt pour dire. Sur Facebook, c’est moi qui prends toujours la parole à travers des publications abondantes. Mais ce n’est pas une position pour une femme.

Mon ex petit ami m’a dit « parce que tu t’affiches trop, parce que c’est toujours toi, tu ne peux pas être une femme pour moi ».

Balance vos règles ! Ras-le-bol de vos attributs !

Avant je vivais dans une constante contradiction. Ne pas aimer la cuisine, détester nouer un pagne, avoir une grande gueule et vouloir prendre des responsabilités…ce sont des choses que je ressassais souvent. Je me remettais en question et je cherchais des portes de sorties pour ressembler à ce qu’on attendait de moi.

Mais ce n’est pas Moi.

L’image d’une Chanceline MEVOWANOU restant à la maison, faisant la cuisine et se pavanant dans les coins de la chambre me répugne et me gratte la tête.

Le Moi en moi doit sortir.

On m’a appris qu’une bonne fille est celle qui sait la boucler. Je me suis rendue compte qu’il fallait l’ouvrir au risque de me voir rayer. On m’a dit qu’une fille exemplaire est celle qui doit s’occuper de la maison. J’ai dit que ma place est aussi dans les instances de prises de décision. Ils m’ont dit qu’il fallait vite que je me cramponne à un homme. J’ai dit que le mariage n’est pas un accomplissement et que mes rêves aussi comptent.  

Beaucoup de femmes n’ont plus de vie.

Plusieurs femmes sont enfermées dans des quotidiens qui ne leurs ressemblent pas. Elles essayent chaque jour de plaire aux gens, à l’entourage, à la société et non à elles-mêmes. On a défini pour les hommes et les femmes une manière de parler, de s’habiller et même de se comporter en public.

Quand j’étais en Afrique du Sud à Johannesburg. J’ai demandé : Pourquoi ici beaucoup de femmes ne mettent pas des soutiens ?

On m’a dit : parce qu’elles sont libres de s’habiller pour se sentir véritablement à l’aise.

Pourtant la semaine précédente au Bénin, une dame m’a interpellé à la banque : j’ai vu que tu n’as pas mis de soutien. Arrange un peu tes seins.

Sur le campus, deux filles m’ont regardé jusqu’à m’emporter avec elles. Pourtant, depuis le collège, même pour aller au sport, je m’en passe.

Dans mon quartier, les gens se détournent. Juste qu’ils n’ont pas le courage de dire : retourne mettre ça.

Et alors ? Je suis qui je suis.  

Les travaux domestiques sont peut-être importants. Nouer un pagne sans doute valorise la culture béninoise. Les perles sont certainement très séantes pour les femmes. Mais je ne me définis pas en tant que femme à travers ces choses. Cela fait de moi un homme ? Je ne pense pas.

Pour moi, prendre la parole est très capital. S’afficher, s’affirmer, se libérer et dire ses pensées est une intime conviction qui guide mes quotidiens. Cela me transforme en une femme « pas bonne à marier » ? Je pense que ma vie ne peut se résumer au mariage. Ce n’est pas une fin en soi.

Vous pouvez jouer des rôles ou vivre tout simplement.

Des impératifs existent et existeront peut-être toujours. Les boîtes sont là. Il y a deux cas : vous allez dans une boîte et vivre selon ses ombres et ses lumières, soit vous créez votre propre boîte dans laquelle il y a votre épanouissement et la possibilité de vivre une vie pour vous.

Quelque que soit votre choix, on se doit de le respecter.

Ma foi, la meilleure réponse aux normes inégalitaires c’est de vivre au rythme Je suis qui je suis.

Chanceline MEVOWANOU